Dans l'antiquité, les dieux égyptiens paraissent être, pour la plupart, les héritiers des totems de clans primitifs, et le souvenir de cette origine explique les formes très variées hommes, animaux, plantes, objets inanimés même, sous lesquelles ils ont été adorés, à toutes les époques, dans les nomes qui avaient succédé aux clans.
Il explique aussi, peut-être, pourquoi le plus grand nombre d'entre eux étaient plutôt des sortes de génies locaux, demeurés comme tels, très proches de l'homme : on voyait en eux des êtres plus forts et plus intelligents que celui-ci, mais qui étaient soumis cependant à tous les besoins, à toutes les passions et à toutes les misères de l'humanité, et qui pouvaient même mourir, mais ressusciter ensuite par la puissance de la magie. Leur existence était d'ailleurs conçue à l'image de celle de la famille humaine.
Chaque nome adorait un dieu, habituellement désigné sous le nom de dieu unique, mais qui, malgré qualification, n'y était pas adoré exclusivement, et représentait que la divinité suprême de ce nome et de sa capitale (noutir nout). C'est en ce sens qu'Amon était le dieu unique de Thèbes, et Ptah le dieu unique de Memphis; l'unité de chaque dieu, pour être absolue à l'intérieur du nome, n'empêchait pas celle des autres dieux, et il n'y avait pas, à proprement parler, de dieu national reconnu dans le pays entier.
Le dieu unique était parfois double, en réalité, et se divisait en deux jumeaux (mâles, comme Anhour - Shou à This, ou mâle et femelle, comme Shou - Tefnout à Héliopolis); il était régulièrement complété, en tout cas, par une déesse-mère et un dieu-fils, avec lesquels il formait une triade Amon, Mout et Khonsou; à Thèbes, par exemple, ou Ptah, Sekhmet et Nefertoum à Memphis).